Bruno Jouanne Gratpanche. Chansons.

Je vous présente quelques textes écrits depuis 1976, à Maisons-Laffitte, Mesnil le roi et Persan.
Vous pouvez écouter certaines chansons en cliquant sur le titre. La plupart sont arrangées et interprétées par mon camarade Jean-Michel Dauphy. Bonne écoute.
Accès au site

Persan

8.10.10

Ballades dans un voyage




Ballades dans un voyage, Un morceau instrumental acoustique  (hello Georges) et neuf chansons originales aux paroles soignées et aux arrangement finement réalisés par JMD.
Madelon, une chanson inspirée par un passage de "Voyage au bout de la nuit" de L.F. CELINE.
Quartier Brassens, sur l'utilisation pas toujours à propos du nom de l'auteur de "gare au gorille"
Clarisse- Autodafé, Librement inspirée de "Farhenheit 451" de Ray bradbury
L'aviateur, un peu de poésie aérienne sur les amours d'enfance.
Pierrot des bords de Seine, une rencontre amoureuse hors norme!
Salut l'artiste, Une ballade sur l'amitié et le sens de la vie.
Les ressorts Garnier, le retour sur soi -même et les regrets.
Quand tu partiras, Une autre ballade sur l'amitié.
Tonton Alcide, Une chanson inspirée par un autre passage du "Voyage au bout de la nuit" de L. F.CELINE.

Le jardin des simples








Le "Jardin des simples" est un album de sept chansons remastérisées figurant sur deux albums anciens non publiés sur Jamendo.

Le style est résolument orienté "Chansons françaises" , folk blues-jazz et une grande place est laissée à l'expression des auteurs.

Jean-Michel Dauphy a tenu à limiter l'utilisation de matériel rythmique, arrangeur etc... pour laisser plus de place à l'interprétation et aux parties guitares.

Il en résulte un album naturel peut-être plus chaleureux et plus intimiste.

En espérant que ces chansons vous plaisent, nous vous souhaitons une bonne écoute du "Jardin des simples"

Mistouille.

PS: Le jardin des simples était, au moyen-âge, un espace réservé dans les chateaux destiné à la culture des plantes dites "simples" .

Bombay-Paris st Lazare

27.12.07

Le site ACC

3.9.07

LA BOITE A IMAGES

LES BRUITS DE LA RUE

  

14.12.06

MADELON ( Ballade dans un voyage - Epilogue)

L’amoureuse à Léon
Elle s’appelle Madelon
Elle connaît des combines
Madelon elle est fine

Mais elle a qu’un défaut
Son Léon elle l’aime trop
Cet homme là qui est sourd
Aux choses de l’amour

C’est aujourd’hui Dimanche

Léon le déserteur
Léon le voyageur
L’assassin de vieille dame
Le sans cœur, le sans âme

Tant d’amour, ça l’effraie
Pourquoi qu’on l’aimerait
Lui Léon, l’homme perdu
Le pote à Bardamu

C’est aujourd’hui Dimanche

Allons aux Batignolles
Mouiller nos pauvres grolles
Dans la boue de Janvier
De la fête du quartier

Les auto-tamponneuses
Se tamponnent, l’amoureuse
A Léon voit plus rien
Que lui qui s’en fout bien

C’est aujourd’hui Dimanche

Pour le tir aux pigeons
Elle est douée Madelon
Au casse-pipe c’est un as
La meilleure de la place

Mais d’être laissée comme ça
Ca ne lui convient pas
Elle crie elle geint elle pleure
Léon il n’a pas d’cœur…

C’est aujourd’hui Dimanche

Pour Léon Robinson
Cette triste chanson
Car elle en était dingue
Elle le tua à coup d’flingue…

C’est aujourd’hui Dimanche
Et c’est entre quat’ planches
Que finit le grand amour
Cui-là qui dure toujours

Ecoute de la chanson

12.10.06

POUR VIEILLIR AVEC TOI

On dit qu’un jour tu t’en iras
On dit qu’un jour tu me quitt’ras…

Je mettrais les p’tits plats dans les grands
Je fout’rais les pieds dans le plat souvent
Je mouill’rais le bouillon, j’mouillerais ma liquette
Pis j’m’allongerais sur la moquette

Tout ça pour dormir avec toi
Tout ça pour dormir avec toi

Et puis si tu rentres un peu trop tard
Et puis même si tu ne rentres pas un soir
Je n’aboierais pas, je te le promets
J’ferais com’si tu m’aimais

Oui, tout ça pour veiller sur toi
Oui, tout ça pour veiller sur toi


J’irais même jusqu’à faire la vaisselle
Et s’il le faut j’te trouv’rais belle
Mêm’si tu fais la gueule, que t’es moche
Mêm’ si j’ne suis pas d’ceux qui s’accrochent

Tout ça pour rester avec toi
Tout ça pour rester avec toi

Si un jour tu souffres, si tu pleures
Si s’en vient le temps des malheurs (du malheur ?)
Si s’en vient le temps des jours sombres
Je te suivrais comme ton ombre

Tout ça pour souffrir avec toi
Tout ça pour souffrir avec toi

J’ne suis pas de ceux qui courbent l’échine
J’ne suis pas du genre à faire des mines
Mais si j’deviens laid, tout ridé
Je n’hésiterais pas à me farder

Tout ça pour vieillir avec toi
Tout ça pour vieillir avec toi

Quand j’aurais vraiment plus la banane
Quand je s’rais courbé com’un’ canne
Au moins tu pourras t’appuyer sur moi

Si tu veux bien vieillir avec moi
Si tu veux bien vieillir avec moi…

LE LIVRE D'IMAGES


Je voudrais un livre d’images
Sans commentaire, sans message
Y’aurait des fleurs sur chaque page
Dans un ciel bleu sans nuage

Ce serait le livre rêvé
Pour s’endormir ou s’enlacer
Pour s’échapper, pour s’envoler
Par-dessus nos portes dorées

Je voudrais un livre d’images
Sans commentaire, sans message
Y’aurait des fleurs sur chaque page
Dans un ciel bleu sans nuage

Se serait une sorte d’oubli
Dans les pastels, dans les lavis
Sur l’existence une embellie
Comme un refuge, une éclaircie

Je voudrais un livre d’images
Sans commentaire, sans message
Y’aurait des fleurs sur chaque page
Dans un ciel bleu sans nuage

Mais j’allume un poste au hasard
Une bombe explose dans une gare
Un otage tombe quelque part
Une guerre éclate et c’est trop tard

Trop tard pour le livre d’images
Trop tard pour le livre
Pour le livre d’images
Trop tard

MOLLY ( ballade dans un voyage II )

Là-bas en Amérique si tu me lis
Saches que j’t’aime encore pauvre Molly
Où que tu soyes mon p’tit amour tendre
Si tu peux me lire, si tu peux m’entendre

Molly, Molly si un jour tu me lis

J’ai trempé ma plume dans la boue
Dans le sang et dans la merde, partout
J’ai écris ces lignes qui sentent en somme
L’odeur de l’être et la misère de l’homme

Molly, Molly si un jour tu me lis

Indigne de ton penchant pour le bonheur
De tes parfums, de ta peau , de ton cœur
J’te laisse dans ce pays trop haut pour moi
Faut me comprendre, je n’ai pas le choix

Molly, Molly si un jour tu me lis

Je n’ai jamais su où poser mon sac
Dans un hôtel ou au fond d’un claque
Avec les gars dans le bruit des machines
J’ rêvais d’un’ fille un soir après l’usine

Molly, Molly si un jour tu me lis

Un’ jolie fille pas chère, dans mes moyens
Un’ fille, je la revois, je m’en souviens
Et c’était toi, et ton cœur et tes bras
Tu pris ma solitude sous ton drap

Molly, Molly si un jour tu me lis

Place de Clichy ce soir le temps est sombre
Y a plus de lumière, il n’y a plus d’ombre
L’Europe se remet de la guerre Molly
Elle reviendra, si un jour tu me lis…

Molly, Molly si un jour tu me lis
Molly, Molly si un jour tu me lis
Molly, Molly, tu sais je suis pas mort
Molly, Molly, tu sais je t’aime encore

Molly, Molly si un jour tu me lis…

Qu’est-ce qu’ils veulent les hommes tous compt’ faits
Que nous deux Molly nous n’auront jamais
Le goût des armes et puis le goût du sang
Ce seront eux les hommes décadents.

Si un jour tu me lis…

Ecoute de la chanson

ROAD MOVIE

Parfois faut bien savoir
Terminer une histoire
Prendre un train, se barrer
Prend’(re) la route et marcher

Et je marche

Sans savoir où aller
Sans savoir qui app’ler
Et je marche
Pour n’importe où je marche
Sur la route je pars
Destination « plus tard »


Le long des avenues
De cette ville inconnue
Aux lumières cruelles
Aux couleurs irréelles


Les filles de la nuit

M’appellent mais je m’enfuis
Comme on fuit son passé
Quand on en a assez

Et je marche
Sans savoir où aller
Sans savoir qui app’ler


Et je marche
Pour n’importe où je marche
Sur la route je pars
Destination « plus tard »

Les routes sont toutes les mêmes
Quand on quitte celle qu’on aime
Un parking, une gare
Un motel, le cafard


Des amis de passage
Me disent : « tournes la page »
Et on boit de la bière
Comme on boit sa misère


Et je marche
Sans savoir où aller
Sans savoir qui app’ler


Et je marche
Pour n’importe où je pars
Destination « plus tard »

J’ai jeté mon blouson
Les clés de la maison
Y’a une route derrière la porte
Dans sa fuite qu’elle m’emporte

Et je marche
Pour n’importe où je marche
Vers les jours incertains
Vers les tendres matins

Et je marche
Pour n’importe où je pars
Destination « plus tard »




Tonton Alcide ( ballade dans un voyage I )

Tonton Alcide, il reste là
Dans son petit coin d’Afrique
Avec les nègres et les moustiques
Il ne se prend jamais la tête
Même si la vie c’est pas la fête
Tonton Alcide il reste là
Il fait ses petits trafics
Dans son petit coin d’Afrique
Avec la fièvre et la chaleur
Avec le rien et la moiteur
Tonton alcide, il reste là
S’il le voulait il partirait
Pour le nord, les pays frais
S’il reste ici c’est pour le fric
Pas pour les nègres, pas pour l’Afrique
Il reste ici pour la petite
Ses robes, ses livres, la pension
Les frais de l’institution
Pour la petite orpheline
Pour la petite orpheline
Tonton alcide, il reste là
Tonton a l’esprit de famille
Même s’il ne vaut pas une bille
Ce sera son plus bel honneur
De tout laisser même’son bonheur
Pour l’avenir de cette petite,
Qu’il ne connaîtra jamais
Lui Alcide qu’on aima jamais
Il cultive cette petite fleur
Un p’tit bout tendre dans son cœur
Un petit bout de petite fille
Toute seule bien loin de l’Afrique
Elle n’connaît rien des moustiques
Dans sa jungle parisienne
Entend-t-elle le rire des hyènes ?
Aux colonies
On boit
De la boue
Aux colonies
On voit
Pas le bout
De sa misère
On s’habitue
A son enfer
Et au palu.

27.4.06

Moisson

Alors te revoilà
Avec ton grand outil
A nous moissonner

Nous sommes bien entourés
De ceux qui nous aiment
Nous ont aimé

Tu nous prends sans compter
Tu nous laisses sans vie
Par ci ou par là

On met un genou à terre
On se relève
Les yeux taris

Nous sommes ceux-là qui sèment
La graine qui lève
La moisson

Nous sommes celui qui forge
L’outil dans le feu
Son élève

Le fils ou la mère
Qui offre sa gorge
Au bourreau qui prie

Je suis la plume en l'air
Cette chanson
Pour cette vie que j’ aime

27.3.06

Slow

Pour tes parfums qui s'accrochent
Sur ma chemise mouillée
Pour ton sein que je sens si proche
De ma peau je vais crier

A l'envie, à l'amour, au désir, à la vie

Pour la solitude la nuit
Pour les mots tendres qui s'envolent
Pour ceux qui restent, mon amie
Pour ton corps qui se colle

De désir, ou d'envie, ou d'amour, de vie

Pour cette chaleur tremblante
Pour ce frisson, ce prémisse
Pour cette main hésitante
Et pour tes lèvres complices

Désire, mon envie, mon amour, ma vie

Par la musique qui t'enlève
A mes bras pour d'autres soudain
Comme le rêve qui s'achève
je meurs et puis tu me reviens

Mon envie, mon désir, mon amour, ma vie

Cette vie que tu serres si fort
que je porte comme un fardeau
.Et quand je hurle, c'est à la mort
Je t'en prie, sauves ma peau

Mon désir, mon envie, mon amour, ma vie

Et quand le slow est terminé
Chacun regagne sa place
Et s'assoie un peu plus miné
Alors moi ... je m'efface

Mais que jamais rien n'efface
Le désir et l'envie et l'amour de la vie
Mon désir, mon envie, mon amour, ma vie

One man show

Sur la guitare usée
Aux cordes fatiguées
Mes doigts sentent la rouille
Il arrive qu'ils s'embrouillent

Comme l'artiste incompris
Moi je travaille, j'écris
Je chante « les coeurs purs »
Mon public, c'est les murs

De chez moi et personne
Ne se lève quand résonne
Ma dernière chanson
Pourtant,j’ai le frisson

Alors soudain la foule
Avec des larmes qui coulent
Emotion authentique
Et voilà mon public

Sous des lueurs électriques
Aux couleurs psychédéliques
Quelqu'un vient m'accueillir
Je salue, puis j'vais dormir

Jouer pour cent, pour dix mille
C'est bien trop difficile
On chante mieux solitaire
On s'dit qu'on a peur de plaire

Oui, mais moi j'le sais bien
Même si je ne vaux rien
Si toi tu peux m'entendre
Si toi tu peux comprendre

Un artiste incompris
Qui travaille, qui écrit
A l'abri de ses murs
Même si les cordes sont dures

Prends ta guitare usée
Aux cordes fatiguées
La rouille au bout de tes doigts
Te dira ça mieux que moi

Tant d'efforts investis
Tant de concerts gratuits
On est des milliers comme ça
A chanter chacun pour soi.

Mais regardes tes amis
Sont déjà tous assis
C'est un public immense
Généreux et, intense

Et le concert démarre
Quand pleure la guitare
La batterie explose
Il se passe quelque chose

Tes doigts de musicien
T'échappent t'y peux plus rien
Et la magie des mots
Fait le reste one man show

Tu navigues

Mon amour, tu navigues sur des eaux toujours bleues
Comme une enfant avide de tendresse et de jeux

Un peu soumise, un peu rebelle, nous ne sommes que des pions d'échecs
Que tu déplaces, irréels comme des p'tits bouts de bois secs

Les enfants se donnent la main, tu les regardes s'en aller
Et tu sens venir un gros chagrin, alors tu viens vite nous faire rigoler

Quand tu te retiens de pleurer, un peu comme une écolière
Moi dans tes yeux je vois briller une grande lumière

Qu'y a-t-il de plus géant, que ton petit coeur gavroche
Pour nous y mettre tous dedans, les plus beaux comme les plus moches

Et s'il arrive que l'on t'aime, tu donnerais la terre entière
Toi qui n'as rien, pas même un refuge, un cœur, une mère

Et si tu n'existais pas, qu'adviendrait-il de nous?
Toi qui nous fis aimer ma foi, les bons chiens et les matous

Pardonnes-moi si je t'aime, d'en parler encore une fois
Car tous ces mots que l'on sème, fleurissent les coeurs au placard...

Loin de l'autre

J’ai encore rêvé de son corps
De ses yeux au fond de mes yeux
De sa voix tout au fond de moi

Elle me dit, j'ai faim, j'ai envie
Elle m'assure que tout est trop dur
Qu'elle a peur, qu'elle a mal au coeur

Qu'elle se baisse, bien qu'il n'y paraît
Qu'elle se plie, que c'est pas sa vie
Qu'elle est mal, qu'elle veut faire la malle

Je m'éveille, avant le réveil
Il est tôt, le coeur dans un étau
Elle me dit qu'elle est mon amie

Que je l'aime un peu trop quand même
Qu'elle connaît une autre tendresse
Qu'elle se donne et puis qu'elle pardonne

Mais le rêve fini, on se lève
Et nos lits racontent notre vie
Notre vie loin de l’autre (bis)


Ecoute de la chanson

Le châteaudrale

J’fais mon truc, tout seul dans mon coin
Dans des replis
Archaïques
Explorateur de labyrintes…

J’fais mon truc, tout seul dans mon coin
Architecture
Empirique
Pas un cri et pas une plainte

J’fais mon truc, tout seul dans mon coin
Un chateaufort
Et ses dédales
S’effondre, structures trop graciles…

J’fais mon truc, tout seul dans mon coin
Mes fondations
De cathédrale
S’enfoncent, l’édifice est fragile

J’refais mon truc, tout seul dans mon coin
J’abat des murs
Je consolide
Chateaufort, sans meurtrière

J’refais mon truc, tout seul dans mon coin
Un pont-levis
Et une abside
Je m’allège, et tout se redresse…

Je fais mon truc, tout seul dans mon coin
Les fondations
Sont suffisantes
Les contraintes mieux imposées

J’fais mon truc, tout seul dans mon coin
Et les forces
Sont moins pesantes
Reconstruire com’ça,fallait oser

Refaire son truc, tout seul dans son coin
Ton édifice
Rien ne t’empêche…
La transgression, c’est la règle de l’art…

Faire son truc, tout seul dans son coin
Sur des créneaux
Des arcs, des flèches
Le chateaudrale tient bon, quelque part…

Une reine blanche

Une belle dame blanche
Me guette, me traque, c'est étrange
Pourquoi est ce à moi qu'elle s'en prend
Et avec tant d'acharnement?

Moi je suis fou et je suis noir
Et mon dieu je n'ai plus d'espoir
Où m'enfuir, où donc me cacher?
Comment faire pour me protéger?

Elle finira bien par venir
Me débusquer, je vais périr
Elle est terrible, elle m'entraîne
Dans des chausse-trappes sirènéennes

Sur des cases diaboliques
Lutte inégale et pathétique
Entre la chasse et la fuite
Je veux en finir et tout de suite

Voilà maintenant qu'elle m'a coincé
Elle reste sur place sans bouger
Elle jouit de ma terreur
Je suis pétrifié par l'horreur

D'être dévoré, digéré
Et puis enfin, d'être expulsé.
Je perds conscience, je m'évanouis
Tout s'est arrêté, il fait nuit

Un souffle tiède, une chaleur
Me réveille lentement, en douceur
I1 fait jour, et c'est dimanche
Elle se lève, que sa peau est blanche

C'est un drôle d'amour qu'elle me voue
En diagonale je l'aime comme un fou
Mais elle me dame toujours le pion
Un jeu d'échec ou de passion?

Sortant l'échiquier elle me propose
Une rencontre que je n'ose
Refuser ,elle me laisse les blancs
La partie commence tendrement

Une grande dame noire
Me guette, me traque, quelle histoire,
Et moi je suis le fou et je suis blanc
Tout nous oppose décidément

La petite fleur

C'était une petite fleur
Accrochée aux pavés
Au fond de ma mémoire
Mais elle avait la senteur
D'un p'tit bonheur sacré
La couleur de l'espoir

Car quand on l'effleurait
Avec le bout de son doigt
Elle vous tendait la tige
Ses pétales s'entrouvraient
Fragile corolle de soie
Et pris d'un tendre vertige

Pour cette petite fleur
Je me suis fais jardinier
Floraliste éperdu
Ne comptant plus ses heures
Négligeant,et c'est pitié
Les salades et les choux ventrus

Et quand s'en venait la nuit
Je m'asseyais auprès d'elle
Amoureux intarissable
Je lui racontais la vie
Q'aucune n'était plus belle
Puis on s'endormait coupable

Puis quand revenait le jour
Elle s'ouvrait au soleil
Je buvais impénitent
Dans son calice plein d'amour
Sa rosée quelle merveille
Qu'elle me versait à torrent

Mais un jour je dus partir
Je rendis mon tablier
Mon arrosoir et mes sabots
Elle avait bien dû le sentir
Que j'allais l'abandonner
Sur son parterre de terreau

Elle se pencha doucement
Un ver qui dormait près d'elle
Reçu une grosse goutte
C'était d'la rosée sûrement
S'épanchant de la plus belle
Mais de la plus triste de toutes

De toutes les petites fleurs
Accrochées aux pavés
Au fond de ma mémoire
Elle gard'ra la senteur
D'un p'tit bonheur fané
Un goût de désespoir.

La côte

Laisses pas le régime tomber
Si tu veux arriver en haut
T'as du mal, t'es chargé
Tu te traînes comme un bourricot
Dans la côte

Ca ronfle dur sous le capot
Ca commence à fumer un peu
Alors lève le pied mais pas trop
Sinon tu plantes au milieu
De la côte

C'est une question de dosage
De tendresse mécanique
Faudra refaire l'embrayage
Ca devient catastrophique
Dans les côtes

Maintenant ça grimpe un peu moins
Tu vas pouvoir changer de vitesse
Ca craque, ça passe mais soudain
C'est ignoble devant toi se dresse
Dans la côte

Surgi, comme venu de l'enfer
Sans la moindre charité
Un sale feu rouge, tout est à refaire
Mais t'as pas envie de t'arrêter
Dans la côte

Personne à droite, personne à gauche
Alors tu continues sans lever le pied
Mais quelle horreur ! derrière déboîte
Une 4L pleine de policiers
Dans la côte

Un p'tit coup d'oeil dans le rétro
On te fait signe de te garer
Mais tu continues un peu plus haut
Jusqu'au sommet faut s'l'avaler
Cette côte

Refus d'obtempérer, rébellion
Outrage à feu rouge attention
Surcharge et gros camion
Allez ! Souffles dans le ballon
T'es en faute - Dans la côte

Plus de deux grammes c'est trop
Plus d'permis, plus d'travail, plus d'camion
T'as vraiment pas de pot
Va falloir payer l'addition
L'addition
De la côte

Fontenay aux roses

C'était une brave fille
Toute simple mais gentille
Elle servait à table
Dans une salle confortable

Dans un restaurant routier
Ou j'm'asseyais affamé
J'y ai vu un coeur si grand
Que j'ai plongé dedans

qui ne s'est pas régalé
D'un repas trop bien salé
Ou d'un vin bien trop piquant
Pour une serveuse de vingt ans

D'aller traîner mes roues
Dans d'autres champs de boues
Ca m'a fichu un coup d'bleu
Moi qui étais presque amoureux

Les chauffeurs ne font que passer
Dans les restaurants routiers
Mais un jour je reviendrais
Mais un jour je m'arrêterais

A Fontenay aux roses

L'enfant

Se raconter des sornettes
Rêver que l'on aurait pu être
D'ailleurs, d’une autre vie
D'un autre amour, d'un autre lit...

S'endormir comme pour mourir
Dans un vague désir d'en finir
Sous des vagues de draps bleus
Entre deux eaux jamais il ne pleut

Mais pour remettre ses deux pieds parterre
Il faut le courage d'une armée entière
Avancer à tâtons à pas lents
Parmis des semblables si différents

Pour continuer son voyage sans but
Sinon celui d'abandonner la lutte
Figé comme un soldat blessé
Devant ses frères baissés

Et soudain la lumière vous ébloui
Inonde vos yeux qui s'étaient taris
Réchauffe votre gros coeur de pierre
Balaye les ténèbres d'hier

Quand les yeux clairs et innocents
D'un petit enfant tranquille
Vous regardent comme un géant
Immuable dans le temps qui défile

Ils vous ramènent à la vie
Il vous réveille la nuit
Il vous émerveille le jour
Il vous ramène à l'amour

Partance

Sur la route sans fin
Qui nous emporte autre part
Qui nous pousse toujours plus loin
Le soir quand il se fait tard

On a le sentiment
De rater quelqu’un, quelque chose
Tandis que le jour mourant
Enflamme nos ombres qui s'opposent

Il fait mal ,je m'en souviens
L'instant où l'on se sépare
L'éternité nous fout soudain
Le vertige et puis on part

Bien sûr, faudra rouler
Il se peut qu'on ait froid
Et on croit encore aimer
Quand une femme parfois

Prend pitié du bonhomme
Café chaud qui réconforte
Nuit d'amour, home sweet home
Refermer doucement la porte

Maintenant l'horizon
Me paraît plus avenant
Sur mon dos le vieux blouson
Des petits matins frissonnants

Maintenant l'horizon
Me paraît moins repoussant
Une date et mon camion
Elle que j'aimais tant et tant

Tant et tant

La mise en boîte

Quand un ami de toujours
Disparaît soudain
Quand il va faire un tour
Disparaît au lointain
Quand l’ami de toute une vie
S’en va aux cyprès
C’est notre mémoire qui
S’étiole disparaît

Si c’est un gros la boîte
Est lourde à porter
Alors on souffle et on boite
On pourrait regretter
Son petit côté bon vivant
Cet épicurien
Est presqu’ aussi lourd bon sang
Que notre chagrin

Quand c’est un sec, un nerveux
Qu’il remue encore
On s’attend à voire le vieux
Au bout d’un ressort
Jaillir de sa boîte que diable
Pour que l’on doute
D’une fin inéluctable
Et alors on doute, on doute

Et quand c’est un chaud lapin
Que l’on porte en terre
Derrière sa caisse en sapin
On essaye de taire
Le mal qu’on eût pour couvrir
La boîte toute neuve
Du Priape et pour contenir
L’ardeur de ses veuves, de ses veuves

Mais si l’amie est une femme
Et qu’elle fût tendre
On entend dire les infâmes
« Qu’à force de s’étendre…
Qu’elle précède toujours une queue
Est elle seule au lit
Des anges dans sa boîte est-ce que
Nul ne l’a suivie

Quand c’est un contradicteur
Une forte tête
Quand du dernier mot d’auteur
C’est toujours l’adepte
Pour enfin le mettre en boîte
C’est à déplorer
Pour enfin le mettre en boîte
Il faut l’enterrer ! (bis)


Ecoute de la chanson

La maîtresse

Les enfants quai passent dans la rue
Deux par deux, les yeux dans les nues
Me rappellent mon enfance
La p'tite fille qui se moquait
De mes yeux qui la regardaient
Dans le rang, indifférence.

La maîtresse qui les conduit
Les emmène à travers Paris
Un modèle, un exemple
De douceur et d'autorité
D'une tendre sévérité
J'la reconnais, il me semble.

Toute en rigueur et en plissé
Jupe de tissus écossais
Et dessous un peu de chair
Et puis plus haut fait pour
les mains Quelque chose de très féminin
Et de rond et allant en paire

Caché soit sous du nylon, sous
De la soie dans ses doux dessous
Après tant et tant de cuisse
Ce que Je vis un jour pardis,
Je le revis souvent depuis
Pour peu que mes yeux se plissent

Des maîtresses, dès lors j'en connus
Elles me tombaient souvent des nues
Comme autant d'adultères
Mais de celles qui m'ont ému
Vraiment que la liste est ténue
Souvent je reviens en arrière

Je revois la maîtresse d'école
Sur l'estrade et les heures de colle
Les bonnets d'âne au supplice
De tous les marmots de mon âge
J'étais sûrement le moins sage
faisant tout pour qu'on Le punisse.

Elle écrivait sur le tableau
Puis s'asseyait à son bureau
Quand, prisent de fourmillements
Ses longues jambes se croisaient
Incidemment m'apparaissait
Dévoilées par le mouvement

Bien plus précieux que le saint Graal
De quoi faire succomber Tantale
Le plus intime de ses trésors
Le plus secret le plus caché
Mais pourtant, le moins protégé
Ce petit coin de son corps

Aux regards du petit Garçon
Qui f'sait des tâches sur ses leçons
Ma mémoire reste entière
J'apprenais les cartes de France
Fasciné par ses ondulances
C'est pas si vieux, c'était hier.

Les enfants qui passent dans la rue
Deux par deux les yeux dans les nues
Me ramènent à mon enfance
La maîtresse qui les conduit
Tout au long des rues de Paris
J'la connais, je l'aime, attirance.

Françoise impressions

Point d'exclamation, retour à la ligne
Sous son vieux chapeau il reste digne
Il veut du calme et surtout du silence I
l te veut toi, ton ombre, ton absence

refrain:

Le clapotis de l'eau et le vin au frais
Le ver à l'hameçon que la carp'effraie
Le rire des ses copains au bord de l'Oise
Le sourire farouche de la p'tite Françoise

Des souv'nirs qui lui remontent à la gorge
Les métallos et puis les gars des forges
Le patron à genou devant le brûlot
Et ce poisson trop gros qu'il remet à l'eau

Un quatorze Juillet, un feu d'artifice
La Françoise radieuse et fière de ses fils
Et sa photo et sa belle robe blanche
Il essuie ses yeux d'un revers de manche

Le clapotis de l'eau et le vin au frai
Le vers à l'hameçon que la carp'effraie
Il y a des pêcheurs au bord de l'Oise
Il y a des pêcheurs au bord de l'Oise...

Point d'exclamation, retour à la ligne
Sous son vieux chapeau il reste digne
Il veut du calme et surtout du silence
Il te veut toi, ton ombre, ton absence

Françoise.


Ecoute de la chanson

De mauvaise foi

Les p’tits mensonges parfois sont nécessaires
N’en déplaise aux confesseurs, aux commissaires
Aux gens bonne moralité, de bonne foi
Quand elles commencent par « il était une fois »

Les chansons sont des histoires qu’on invente
Pour refaire un peu la vie alors on chante
Sans vergogne ses amours mortes dans l’œuf
Avec le cœur battant d’un amant tout neuf

Paul et Virginie, Roméo et Juliette
En comparaison de tendres amourettes
Voilà notre histoire ainsi remaniée
Peu crédible au départ on ne peut le nié

Suscite chez l’auditeur des émotions
S’il en est privé c’est à son attention
Pour lui donner des « il était une fois »
Que les chanteurs chantent de mauvaise foi.

Que les chanteurs chantent…de mauvaise foi.


Ecoute de la chanson

16.3.06

Océan

Quand le monde est couché,
Quand l’ décor s’est figé,
J'ai des envies marines
De vagues, d’ondes salines

Refrain :

De l’océan

Une voix m’appelle
Une voix douce et belle

De l’océan

Elle me chante la chanson
Des vents à l’unisson

De L’océan…


Envie d’un coin tout nu
D’un endroit inconnu
Un accès à la mer
Un port sur l’univers

Refrain


Sous les lignes fécondes
De la courbure du monde
Mon horizon s’étend
Jusqu’aux sources du temps


Refrain


D’eaux douces et d’eaux salées
De coquillages perlés
Sur la terre où je survis
Vient ton souffle de vie…


Emporte les arbres morts
Avec les sables d’or
Emporte-moi après
Dans l’écume sans regret.

Refrain 2


Dérive dans les eaux vertes
Dans la matrice ouverte
Déjà je suis un être
Un homme qui va naître…

…De l’océan

15.3.06

Les boîtes à éléphants

Tu me parles de ta vie
De tes certitudes, tes faux-pas
Tu me parles de tes envies
Puis tu me parles de ton papa

Enfermer les éléphants
Dedans des petites boîtes
Ca f’rait rire les enfants
Rendrait leurs p’tites mains moites

Tu te caches dans la fumée
Tu te caches derrière tes verres
Petite femme parfumée
Qui r’garde déjà derrière

Mais je sais que dans ton sac
Y’a des films, y’a des livres
Et quand t’as le cœur patraqu’
Je sais qu’ils te délivrent

J’te regarde sur ta chaise
Tes cheveux vont avec le vent
Un roman de James Hadley Chase
Tu sembles ailleurs dorénavant

Mat’lot je redeviens mouss’
Quand tu joues de la lumière
Tu m’attires tu me repouss’
D’un geste tu me laiss’ à terre

Alors j’ regarde vers le ciel
Et j’empoigne le tire-bouchon
Mon vin c’est pas comme ton miel
C’est Dieu qu’est saoûl com’ un cochon
Mon vin c’est pas comme ton miel….(bis)

Ecoute de la chanson

Albert le mulot

ou les tribulations d'un nuisible


Ayant supporté toute une décennie
Chez moi, dans mes recoins, sous mon plancher
La présence désastreuse d'une colonie
De joyeux mulots n'pensant qu'à manger

Mon pain, mon beurre, bref tout's mes provisions
Aux lois d'l'hospitalité contrev'nant
Un jour je pris la triste décision
D'les décimer en les empoisonnant

Les petits fûtés négligèrent le blé
Qui les aurait fait périr, pas de doute
Leur finesse d'ailleurs, j'avoue m'a troublé
Ils continuaient à ronger mon casse-croûte

Leur présence m'était presqu'invisible
J'les recensai en comptant leurs p'tites crottes
Quand un jour, un de ces charmants nuisibles
S'enhardit hors de sa petite grotte

Alors manoeuvrant comme un maquignon
Sous mon nez, il entreprit d'me voler
Quelques miettes qui me restaient d'un quignon
" Un jour j't'aurais petit écervelé !"

J'le surnommais Albert tout en f'sant un piège
De quelques graines au fond d'un litron
D'un entonnoir à la place du liège
Y m'fallait pour l'exemple un d'ces poltrons

Albert le mulot voulut se mettre à table
Le grain sentait bon et il avait faim
Mais le piège était inévitable
Prisonnier, au fond d'ma bouteille de vin

L'intrépide s'était épuisé
Tout un'nuit pour atteindre l'étroit goulot
Puis était tombé, ses p'tites dents usées
A ronger le verre en vain, pauv'mulot

Devant le spectacle de l'animal
Pris au piège, à l'article de la mort
Aux larmes que ma compagne cachait si mal
Moi le bourreau, je fus pris de remords

"Tant pis pour l'exécution ma jolie
J'le gracie, lui épargne le couperet"
Lors, au lieu d'nous coucher et nous mettre au lit
Nous partîmes relâcher Albert en forêt

Hélas ! en zoologie nos connaissances
Avaient leurs limites, sous la ramure
Pour manger aurait-il la moindre chance
De dégoter un épi de blé mûr ?


Albert le mulot, comme tout un chacun
Hésita devant tant de liberté
Mais il était vaillant, c'était quelqu'un
Alors, et ce en toute légalité

Notre petit rongeur, dans le sous-bois
Soudain s'en fût, fugace com'l'éclair
Epargnez la p'tite bête aux abois
Seigneur hibou, en ces lieux grand clerc

Souffrez sa présence dans votre fief
Ce rat des champs, chez vous, c'est un migrant
C'est un réfugié, gardez vos griefs
Tolérez-le, vous n'en serez pas moins grand.

Vieux

Quand tu me traite de vieux con
Tu insultes
L’enfant que j’aurais pu être

Vous

La rivière rapide et froide
Mon enfance et un poisson fou
Vous

Tempête

Le cirque, les clowns,les acteurs...
Les billets pour entrer
Funambules,trapezistes, dompteurs et domptés...
La vie, la vie encore.
Et le chapiteau qui s'envole...
Le théatre qui s'écroule
Toi que je croise dans la foule
La vie encore et toujours...
Et puis cette tempête
Qui souligne le trait
De ton regard parfait
Avec cette larme qui coule
Devant ce drame
A devenir folle
Mais , la vie...
Encore et toujours...
La vie avec ses tempêtes
Un nez rouge et deux traits
Un soir de fête, les enfants
Qui s'alignent a l'entrée...
Et leurs yeux trop grands...
Regardent le clown...
Avec ses yeux trop grands aussi
Il les regarde en pleurant...
La vie encore, la vie toujours
Vous fait devenir plus grand
Et ton coeur d'enfant s'écroule
A l'orée de cette foule...

Stances pour un baptême

Evitant les baptêmes, tout le monde est en émoi,
On déplore mon absence, il ne manquait que moi,
Tout comme dit Eugène au fond de sa barrique,
Je m’tiens à l’écart et vous dîtes « Quelle mouche le pique ? »

Baptêmes civiles, baptêmes chrétiens,
Même si je suis le parrain, ça me dit rien…

Evitant les grand-messes incontournables,
Les premières communions, je suis impardonnable,
Tout comme dit Eugène, au fond de sa barrique,
Je m’tiens à l’écart et vous dîtes « Quelle mouche le pique ? »

Premières communions, communions solennelles, tiens,
Même si il y a du vin , ça me dit rien…

Evitant les cortèges, je vais en me déroutant
Des p ’tites noces tardives, des noces de débutants,
Tout comme Diogène, au fond de sa barrique,
Je m’tiens à l’écart et vous dîtes « quelle mouche le pique ? »

Mariages civils où mariages chrétiens,
Même si je suis le témoin, ça me dit rien…

Evitant les obsèques, les enterrements,
Hélas de plus en plus fréquents, malheureusement,
Tout comme dit Eugène, au fond de sa barrique,
Je me tiens à l’écart et vous dîtes « Quelle mouche le pique ? »

Funérailles civiles, enterrements chrétiens,
Même si c’est moi le défunt, ça me dit rien !

Réminiscences

Du temps où je suis né
Avant ma dernière mort
Du temps où j’ai contemplé
Eblouis chaque aurore

Du temps où je menais
Un’ si belle existence
Au temps où l’on m’aimait
Tant d’amour et de chance

R :
De ce temps effacé
Dont je ne me souviens
Qu’en rêve du passé
Il ne me reste rien

Du temps où je suis mort
Dans un lit si bien fait
Dans des draps parés d’or
Près de ceux qui m’aimaient


Du temps où je planais
A travers les espaces
Du temps où je laissais
L’infini sur mes traces

Vus d’en haut les géants
Paraissaient si petits
Le faible est si puissant
Entre les galaxies

Du temps où je suis né
Avec pour seule richesse
Mon âme au contour glacé
Et absence de tristesse

Du temps où je suis né
Où j’ai passé ma peau
En ce temps que vous vivez
Je n’ ferais pas de vieux os

Et je glisse au hasard
Avant de repartir
Et je glisse au hasard
Vers un plus triste devenir (fin)

Ecoute de la chanson

Pierrot du bord de Seine

Pierrot à sa fenêtre
Regarde la neige tomber
Le fleuve va déborder
Demain peut-être

Le noyer frappe aux carreaux
Le patron va téléphoner
Les voisins vont pas tarder
Pour l'apéro

Mais à l'heure sacrée du pastis
Comme c'est étrange, comme c'est bizarre
Personne encore, y sont en r'tard
Les vieux complices

Pierrot ce soir sera tout seul
Les copains sont restés chez eux
Boire tout seul ça l'ennuie un peu
Il fait la gueule

C'est alors qu'il entend frapper
A la porte peut-être le frangin
Vient-il avec deux ou trois copains
Il crie : entrez !

Au lieu d'ses amis attendus
Soudain une superbe créature
Arrive en manteau de fourrure
"J'me suis perdue"

Pierrot est un gars bien serviable
Il la fait vite entrer chez lui
"T'as faim ? on s'fait des spaghettis"
Il met la table

Elle dit "J'te trouve à mon goût
Et puis j'ai froid viens m'réchauffer
J'ai les pieds et les fesses gelés
j'ai rien en d'sous"

Elle écarte alors sa pelisse
Etonné mais ravi, Pierrot
Pose un baiser bien com'y faut
Sur sa peau lisse

Comment tout ça va-t-il finir
Comme il se doit on s'en doute bien
Car Pierrot c'est un chaud lapin
Qui sait s'tenir

Les soirs d'hiver au bord de seine
On fait de drôles de films parfois
Quand c'est à Cupidon que l'on doit
La mise en scène

Nuits bleues

Une ombre fugace
Qui passe sous la pluie
Quand la lune déplace
Ses nuages bleus de nuit

Quelqu'un me regarde
Par le carreau mouillé
Quelqu'un qui retarde
Des instants oubliés

Refrain:

Je sais que c’était toi
Je me souviens encor’
Je sais que c’était toi
Où la form’ de ton corps.

Quelqu'un que je regard’
Enfant émerveillé
Quelqu’un que je retard’
les yeux ensommeillés

Il y avait du vent
Il ne faisait pas froid
Je te revois souvent
Par le carreau étroit

Nuits noires et venteuses
L’automne me faisait peur
Les histoires menteuses
Je les laisse aux conteurs

Il pleut de la lumière
Le soleil devient bleu
Pas besoin de prière
Le ciel fait ce qu’il peut…

Je sais que c’était toi
Je me souviens encor’
Je sais que c’était toi
Et je me sens plus fort.


Ecoute de la chanson

Nuit blanche

Je ne suis que l’ombre qui précède
Je ne suis que lumière’ en négatif,
Marchant, lasse’, devant vos corps froids et raides
Je suis fille’ d’un soleil déjà plaintif

Mon père se meurt
J’ai plus le cœur
De vous aimer
Mon père se meurt
J’ai plus le cœur
De vous aimer

Il a vécu ses plus belles années
A vous chauffer, à rayonner brûlant….
Fusain crayonnant vos corps nouveau-nés
De quelques mots qui vous firent parlants.

Mon père se meurt
J’ai plus le cœur
De vous aimer
Mon père se meurt
J’ai plus le cœur
De vous aimer

Qu’il fût chanté ou loué à genou
Qu’il fût prié ou gravé sur la pierre
Vos sacrifices pauvres de vous,
Vos ombres, maintenant l’indiffère

Mon père se meurt
J’ai plus le cœur
De vous aimer
Mon père se meurt
J’ai plus le cœur
De vous aimer

Il est mort le soleil et mon père…
Sa lumière vous laisse seuls et tremblants…
Il est mort le soleil et mon père…
Et le noir se travestit de drap blanc…

Mon père est mort,
J’ai plus de corps
Pour vous aimer…
Mon père est mort
J’ai plus de corps
Pour vous aimer…



-« A trois cent mille kilomètres seconde
J’arriverai quand même, malgré lui » (parlé)

Une dernière fois chauffer votre monde
Je serai lumière du jour, en pleine nuit

Mourir

mourir,
Comme les sales gosses d’autrefois
Les bras en croix, les yeux mi-clos
Mourir une dernière fois
Mourir, mourir pour de faux

Mourir,
Pour prendre un peu de distance
S’allonger un petit moment
Et puis recommencer l’expérience
recommencer éternellement…

Mourir,
Prendre un p’tit congé vital,
S’allonger auprès des petites fleurs
Pour enfin compter leurs pétales
Pour enfin compter les pleurs…

Mourir,
Pour une petite sieste s’étendre
Un p’tit repos bien mérité
Plus près des racines tendres
Pour enfin, s’en délecter…

Mourir,
Restituer le tablier
Rendre l’âme, déposer les armes
Puis retourner le sablier
Revenir sécher vos larmes

Mireille

C’est un chaton bien turbulent
Que Dominique un beau printemps
Nous a ram’né à la maison
M’né à la maison
Comm’ on a vu qu’c’était une fille
A ses grands yeux ronds comme des billes
On « décida » d’l’appeler Mireille
De l’appeler Mireille.

Bien que câline, parfois elle mord
Ses petites pattes toutes griff’s dehors
Se prennent dans les bas de soie
Dans les bas de soie
Elle fait crier maman souvent
Quand elle renverse les vases, vlan !
Puis elle détalle sous les rideaux
En f’sant le gros dos !

Comm’les p’tits chats, les petites chattes
Qui font des tours et qui se grattent
Nous on l’aime bien, elle nous le rend
Elle nous le rend…
A sa façon sans faire le tri
Une ou deux puces, quatre souris
C’est la panique chez les mulots,
C’est très rigolo !

Mireille, c’est pas comme ces chattes
Tapis persans qui font d’épat’
Dans les salons, c’est pas son genre,
Ce n’est pas son genre…
C’est plutôt d’la graine de gouttière
Une vraie dure, une greffière
Une aguicheuse de matou
Qui mangent pas du mou !

Prions ensemble qu’elle rest’fidèle
Qu’elle s’en aille pas à tire d’aile
Qu’elle nous quitte pour un sac-à-puces
Pour un sac-à-puces…
Un mistigri qui lui ferait
Quelques chaton puis la laiss’rait
Toute seule avec ses minous
Trop loin de chez nous !

Non, elle restera à la maison
Bien au chaud près de nos tisons
Au coin du feu les soirs d’hiver
Feu les soirs d’hiver…
C’est du bien-être que l’on caresse
C’est du bonheur qu’elle nous adresse
Quand elle ronronne dans nos oreilles
La petite Mireille.


Ecoute de la chanson

Mélancololique

Je suis l’chanteur
Mélancololique
Com’ces acteurs
Dans la critique

J’ai mon costume
Avec les paillettes
Avec mes plumes,
On s’paye ma tête…

Je suis l’chanteur
Mélancololique
Et à mes heures
Je suis dramatique

J’brûle mes thunes
Je rote, je pète…
Puis com’la lune,
Je m’efface en cachette.

Je suis l’chanteur
Mélancololique
Comme ces acteurs,
Dans les films comiques,

Comme l’auguss…(te)
Ses grandes mirettes
Si on m’aime pas plus,
On m’ramasse en miette…

Je suis l’chanteur
Mélancololique
Quand viendra l’heure,
L’heure fatidique…

J’plant’trais ma plume,
Dans les petites têtes…

Gainsbourg nous eûmes,
Là, un vrai poète.

Marie-mots

(refrain)
Petit cahier, feuillet quadrillé
Jolie poupée de papier froissé.

De ligne en ligne, de page en page
Elle me met les mots à la bouche
Elle m’émerveille la petite volage
Moi le vieux tronc, moi la vieille souche…

Elle naquit d’un amour étrange
D’une relation autant coupable
Que saugrenue entre une feuille blanche
Et une drôle d’écriture instable…

Elle me vînt d’un amour luron
D’une feuille à petits carreaux
D’un petit morceaux de crayon
Alors je l’appelai : Marie-mots.

Elle vit d’une vie pas ordinaire
Toute de syntaxe et de rime, elle
Vagabonde au rythme de mes vers,
Prend des formes la demoiselle.

Puis la voilà qui s’anime enfin
Comme prise d’une forte boisson,
Puis la voilà qui s’élance soudain,
Marie-mots quitte la chanson.

Elle va, s’en vient et elle repart
Pour un marin, pour un quidam
Un air perdu, pour une guitare
Marie-mots vit sa vie petite dame.

Abandon, funeste trahison,
Mais où donc s’en fût Marie-mots ?
Je serrai dans mon poing ma chanson…
Alors le papier eut un drôle de sursaut…

Petit cahier, feuillet quadrillé
Jolie poupée de papier froissé…

L’ordinaire

Qui d’ordinaire, connût :
« Qui dort dîne »air connu…
Vivre, survivre, en tas c’est,
Vivres sur vivres entasser.
Las, dans ce métro, lit des livres.
La dent ? se mettre au lit délivre.
Ceux ridés, affreux de la faim ,
Se rient des affres de la fin…
Indigne moralité.
Un digne mort alité,
Commun, et c’est de bonne heure,
Comme un essai de bonheur…
Après, crue, elle la mort sûre,
Apre et cruelle la morsure
Dévore entiers, vos races :
Dévots, rentiers, voraces…
La faim justifie manière,
La fin juste y fit mannes, hier.


Ecoute de la chanson

Lolotte

Y’a une fille dans la classe
Son surnom c’est Lolotte
Je la r’garde, il me passent
Des idées dans la calotte

C’est une chose étrange
Qui me colle sur la peau
Quelque chose qui me dérange
Quand je suis dans mon dodo

C’est un drôle de réflexe
Tout en moi se redresse
Et ça me laisse tout perplexe
Comme du bien qui me blesse

Et je pense à ma copine
Je pense à elle si fort
Alors sa taille si fine
M’apparaît sans effort

Quel secret garde-t-elle
Que je veuille posséder
Et entrer tout en elle
Pour tout Lui prendre, tout garder

Je m’sens drôle, tout en émoi
Pris d’une sorte de fièvre
Il fait chaud ou j’ai froid ?
J’imagine comme des lèvres

Et j’explose subitement
Dans un spasme inconnu
Puis tout s’arrête maintenant
Que j’étais si près du but…

Et depuis des années
C’est un besoin chronique
Que je ne peux dominer
Mais j’ m’ efforce, je m’ applique

Et pourtant chaque fois
C’est pareil, j’ comprends pas
Que caches-tu en toi
Que je ne saisi pas ?

Comme le pompon naguère
Sur les chevaux de bois
Je ne sais plus quoi faire
Pour accéder à toi...

Mais de ce que je sais
D’être parti en quête
Des femmes, le secret
Fait un peu perdre la tête !

Y’avait un’ fille dans la classe
On l’appelait Lolotte
Quand j’y r’pense il me passent
Des idées dans la calotte

Lolly Dolly

On plante les décors de noël
Tu traînes dans les galleries marchandes
Tu achètes des bonbons au miel
Tu es encore un peu gourmande

Ton reflet dans les vitrines
Et ton air de Dolly Baby
Tu gonfles un peu ta poitrine
Tu sors du rayon Dolly Barbie

Jolie Dolly Lolly t’as
T’as pas encore tout compris
Jolie Dolly Lolly t’as
T’as pas encore tout appris

Dans les pubs, les magazines,
Tu entrevois ton image
Tes quinze ans et tes copines…
Alors tu tournes les pages

Mais le cœur serré quand même
De n’être pas vraiment comme elles
Comme ces poupées au teint blême
Tu saignes et tu te rebelles


Jolie Dolly Lolly t’as
T’as pas encore tout compris
Jolie Dolly Lolly t’as
T’as pas encore tout appris

Tu frissonnes un peu à l’abri
Des cathédrales actuelles
Les garçons courent, pas vu pas pris
Piétinent ton ombre sensuelle


On plante les décors de noël
Tu traînes dans les galleries marchandes
Tu achètes des bonbons au miel
Tu es encore un peu gourmande

Jolie Dolly Lolly t’as
T’as pas encore tout compris
Jolie Dolly Lolly t’as
T’as pas encore tout appris

Liouba

Aux jours sombres où tout gèle
Il me revient parfois
Un air qui me rappelle
La Russie d’autrefois…

Quelques feuillets pêle-mêle
La neige sur les toits…
Pages blanches où se mêlent
Ces mots venus du froid.

Ils me donnent des nouvelles,
Aux nuits de désarroi
Quand vacille ma chandelle
Quand je doute de moi.

Petite mère-noël
Tu fonds entre mes doigts
Com’la neige qui constelle
Les yeux des enfants rois.

Des guirlandes irréelles
Scintillent tout comme toi
Dans mes nuits les plus belles
Tu reviens chaque fois.

Dans ce décor de gel
Pour me chauffer je crois,
Petite fée au ciel
Tu fais feu de tous bois.

Dans la vie éternelle
Y’en a qui ont la foi,
Pour moi la vie c’est elle
C’est en elle que je crois…

Reprendre couplet 1


Ecoute de la chanson

Ligne de fuite

Je rêvais une maison
Qui respire et qui tremble
Aux recoins à foison
Pour s’y cacher ensemble

Pour y vivre à demeure
Dans une autre dimension
Dans un futur intérieur
Un monde où nous nous aimerions

Une bâtisse telle un château
Maudite des dieux et des diables
Avec des tentures, des rideaux
Et un grand lit instable

Un vieux parquet sans âge
Qui frémit de toutes ses lattes
Recelant mil et un outrages
Qui gémissent et qui grattent

Une multitude de portes
Qui, sur toi s’ouvriraient toujours
Suivie d’une joyeuse cohorte
D’enfants au cœur plein d’amour

Mais, mais demain à ma fenêtre
Le jour viendra toquer
Demain matin peut-être
Tu seras là, à mon côté

Alors, oublié le château
Où je passe mes nuits
On ira rêver devant un tableau
Dans une quelconque galerie

Et au fond de cette croûte
Vers une bâtisse interdite
S’embrumera une route
Qui nous entraînera dans sa fuite

Liberticide

Détenu derrière des barreaux virtuels
Quelques souvenirs, tendres et cruels
Espace libre, douce prison.
Sans barrière, j’perds la raison
Je purge ma peine, en tout’ liberté.

Je ferais mon temps, un point et c’est tout,
J’ai des clés pourtant, des passe-partout
Combinaisons, codes secrets…
Dans ma maison, y’ a pas d’ regret,
Je purge ma peine, en tout’ liberté.

J’ai connu des murs et des plus austères,
Où tout est trop dur, où l’on dort parterre…
Où la folie souvent vous frôle,
On s’ fout au lit, on change de rôle
On purge sa peine en tout’ liberté… (alors…)

Viens fair’ un p’tit tour, ma libellule
Viens fair’ un p’tit tour dans ma cellule
Otes les fers de mes chevilles
Rien d’autre à fair’ petite fille
Que purger ta peine en tout’ liberté.

Que purger ta peine en tout’ volupté…

Les yeux de Lucille

Comme un matelot
Moi je vais sur l’eau
Chaude et profonde…de tes yeux

Un tour du monde
A la voile
Aux étoiles…de tes yeux

Au gré des vents
Je reviens souvent
Aux îles sombres…de tes yeux

Mais quand pass’une ombre
Un vent d’orage
Je fais naufrage…dans tes yeux

Et je dérive
Quand tu me prives
De la lumière…de tes yeux

Je coule com’une pierre
Et puis tout s’arrête
Le vent, la tempête…de tes yeux

Un chant de sirène
Tout me ramène
A mon port d’attache…à tes yeux

Je fais relâche
Enfin je respire
Le tendre sourire…de tes yeux

Dans tes eaux tranquilles
Ma petite Lucille
J’irais me noyer
J’irais me noyer…

Les oiseaux sur le fil

Sonne l’heure du départ
Et je ne suis pas prêt
Mes oripeaux épars
Comme par un fait exprès
S’échappent de mes mains
Aurais-je jusqu’à demain ?

Les oiseaux sur le fil, attendront-ils ?

Cinq ou six hirondelles
Ont encore à grandire
Mais prendra-t-on soins d’elle ?
Est-ce que tu peux me le dire ?
Aurais-je encore du temps ?
Là s’enfuient mes printemps…

Les oiseaux sur le fil, m’attendront-ils ?

J’avais encore à jouer
Comme les petits frondeurs
J’en ai la gorge nouée
A mon dernier quart d’heure
Me tiendras-tu la main ?
Seras-tu là demain ?

Les oiseaux sur le fil, attendront-ils ?

La pigeonne fit son œuf,
Quelle ironie du sort,
Chez toi, alors notr’œuf
Quelle horreur en est mort ;
Puis l’oiseau s’envola
Nous laissant tous les deux là…

Les oiseaux sur le fil, attendront-ils ?

Vieillir n’est pas facile
Et je suis en retard
Aux larmes dans tes cils
Je sais qu’il n’est pas trop tard,
A nos deux cœurs qui cognent
Passeront les cigognes

Les oiseaux sur le fil, attendront-ils ?

Je les vois s’aligner
Ils vont prendre leur essor ,
Mon cœur vas-tu saigner ?
Quel sera notre sort ?
Aurons-nous un petit
Au prochain printemps, dis ?

Les oiseaux sur le fil, reviendront-ils ? (bis)


Ecoute de la chanson

Les oiseaux migrateurs

Les poètes en règle générale
Ne sont pas gros, ils ont le teint pâle

S’ils se couchent, c’est au ciel sous les toits
Font festin d’un plat de haricots froids


Leurs doigts gourds sur la page s‘affolent
Crispés sur la plume qui s’envole

Ils affrontent le gel, les soirs de décembre
Ces volatiles repliés dans leur chambre

Se sont des migrateurs, ils se préparent.
Comme ces grands oiseaux qui de toutes parts

Se réunissent serrés, silencieux
Pour s’élancer ensemble vers les cieux

Ils nous laissent là, en hiver, sans un mot
Ils s’en vont puis reviennent, ces étourneaux

Ils nous étourdissent de leurs incessants voyages
Eux, qui survolent tous les naufrages .

Les miettes de pain

Sur la place où il neigeait
Il jetait des miettes de pain
Sur les traces qui s’effaçaient
Des amours sans lendemain…

Des pigeons et des pigeonnes
Main dans la main passaient
Sans reconnaître personne
Bien serrés comme s’ils s’aimaient.

M’sieur Dédé est décédé
Les oiseaux des places publiques
Auraient pu intercéder
D’une manière de supplique…

Q’on entende tout là-haut
Au paradis des pigeons
Q’un bon dieu bien com’il faut
Entende cette chanson…

Il jetait des miettes de pain
Sur la place où il neigeait
Sur les traces sans lendemain
Des amours qui s’effaçaient…

M’sieur Dédé est décédé
Les amants des places publiques
Auraient pu intercéder
D’une manière de supplique…

Q’on entende tout là-haut
Au paradis des pigeons
Q’un bon dieu bien com’il faut
Entende cette chanson…


Ecoute de la chanson

Les Acteurs

Tant d’énergie et de vaine fatigue
Pour paraître, pour apparaître dévêtus
Dans ce grand théâtre où contre eux, tout se ligue,
Les acteurs sont vaincus d’avance, mais têtus.

Ils s’obstinent à tenir leur rôle somptueux,
La pièce est inquiétante, ils la jouent sans relâche,
Aux trois coups, ils entrent vaillants et impétueux,
Ils traversent la scène tout à leur tâche.

Ils ne semblent pas voire le rideau qui tombe
Déjà, sur leurs ombres perdues qui se frôlent.
Se trouveront-ils avant la grande hécatombe ?
Leur tragédie, est-ce une comédie drôle ?

Ils ont respecté leur contrat comme un pacte,
Y a-t-il quelqu'un pour applaudir ?
Ils sont tombés à l’issue du dernier acte
Et les voilà qui se relèvent sans mot -dire.

Ils reviennent comme pour saluer l’assemblée,
Main dans la main, serrés, d’un pas ils avancent…
Mais point de « clap clap » de bravo debout d’emblée
La salle était vide !Mais demain : Ils recommencent !

Reprise du couplet n° 1

Le survivant

J’entrevois le travail qu’il me reste
Sur ce monde isolé, alors je peste
Et je souffle, ployé sous mon leste
Lourd est mon fardeau, lents sont mes gestes.

Je vais, je tourne en rond sur ma planète,
Est-ce un dieu, est-ce un homme qui fit place nette
De mes semblables ? et est-ce qu’il est honnête
Qu’on me laissa seul sur la dunette ?

Je scrute l’infini et je dis une messe
Aux étoiles, puis je retourne à mes caisses,
A mes trous, à mes urnes, mes croix, ah ! mais qu’est-ce
Qui s’est passé ? Pourquoi ce grand patacaisse

M’épargnât-il ? Hein ? qui alluma la mèche ?
Qui donc a mit le feu à la crèche ?
Je serre dans mes mains dures et sèches
L’unique outils qu’il me reste : une bêche…

De ma tâche, je n’ai point à être fier,
Je creuse et je fais des petits tas de pierres…
Gérant, de cet infini cimetière…
J’ai à enfouir l’humanité entière.

C’est moi, Le survivant, seul dépositaire
De la conscience, de la vie, de ce mystère…
Qui poussa soudain les miens à se taire ?
Je creuse et le néant m’apparaît sous la terre…

Il se peut que je meure, un jour funeste…
Qui alors aura le charitable geste
De mettre un peu de terre sur mes restes ?
Alors je lève le poing et je proteste !

Tout seul, assis sur la dernière pierre
De ma pyramide je dis des prières
Et Dieu, soudain, m’apparaît en pleine lumière :
« Bravo mon fils, dit-il, ce monde n’est plus que poussière…

-Bravo ! Bien joué ! Mais on a encore à faire…
Dans un p’tit coin perdu de l’univers
Y’a un monde avec plein de petits hommes verts
Qui ne connaissent rien encore de l’enfer… »

Le revenant

C'était mon vieux copain
C'était mon frère
I1 est parti par un chemin
Sombre et désert

Et seule l'ombre de ce vaurien
Suivait derrière
Il le disait, c'est mon destin
"y'a rien à faire"

Une guitare pleure au loin
Ecoutez c'est mon frère
Une carabine tonne au lointain
Au-delà du désert
Alors tremblez gens de bien
Dites vos prières

Car c'est mon frère qui revient
Qui revient de l'enfer
S'enfuir de là bas nul n'y parvient
C'est une grande misère

Le diable tremble lui même
Et ne peut rien pour vous,
Car c'est mon frère
Braves gens, qui revient
Parmi nous, parmi nous…


Ecoute de la chanson

Le plus petit commun dénominateur

Quand chacun s’en va de son côté
Quand on a tout repris, tout compté
Il y a toujours, dans les divorces d’amateurs
Un plus petit commun dénominateur,

Qui tremble de froid, tremble de peur…

refrain :
Madame, s’il vous plaît, madame, s’il vous plaît
Cent balles de bonbecs
C’est pour mon petit mec
Madame, s’il vous plaît.

Chang’ment de vie, changement d’école
Je prends le p’tit, tu gardes la bagnole,
Mais le plus petit commun dénominateur,
tremble de froid, tremble de peur… (R)

On s’prend un appart’, on s’prend la rue…
Que du temps gâché, du temps perdu
Mais le plus petit commun dénominateur,
Tremble de froid, tremble de peur… (R)

Y’a des moments on a envie
De tout défaire, de refaire sa vie…
Mais dans ses grands airs dominateurs
Est-ce qu’on tremble de froid, tremble de peur… (R)

On bricole des trucs à la va-vite
A l’instant T où l’on se quitte
Mais le plus petit commun dénominateur,
Tremble de froid, tremble de peur… (R)

Le piano insensé

Mes oreilles me font défaut
J’entends plus le son du piano
Je deviens sourd et ça m’rend triste
Mais je reste un bon pianiste

Ca n’fait rien
Ca n’fait rien
Vous aimerez la musique
De mon piano magique ! Ca n’fait rien…

C’est un piano électrique
Je vous passe la technique
On le branche, alors dans les cieux :
Des symphonies pour les yeux !

Et si, si on se perd de vue
Si ’on n’voit plus rien dans les nues…
Si le noir se fait partout…
Si d’la lumière on perd le goût

Ca n’fait rien
Ca n’fait rien
Tu aimeras la musique
De mon piano magique ! Ca n’fait rien…

On branche un fil électrique
Au clavier du piano magique
Vers un genre de boîte à odeurs
Voilà, la mélopée des senteurs…

Si on se perd à vue de nez
Si nos sens avaient tout donné
Nous serions tous agusiques
Insensibles et amnésiques

Ca n’fait rien
Ca n’fait rien
Tu aimeras la musique
De mon piano magique ! Ca n’fait rien…

Afin de n’oublier personne
Relié au fil du téléphone
Avec un fil électrique
Et une boîte électronique…

C’est décidé je vais te faire
Un clavier extraordinaire !
Et chaque touche de mon piano !
Un de mes dix doigts sur ta peau…

Et c’est bien
Et c’est bien
Comment ais-je pu imaginé
Un Piano à se toucher ?
Un piano à te toucher ?

Ecoute de la chanson

Le niveau des carpes

D’après A. Nothomb



Amélie dansait tout au fond de l’eau
Amélie pensait qu’a son p’tit niveau
Elle ne pouvait pas changer son p’tit monde
Amélie veut pas entrer dans la ronde.

Où est donc le haut, où est donc le bas ?
Et à quel niveau, on reste com’ça ?
Sans rien espérer entre les deux mondes
Sans rien respirer d’autre que de l’onde.

Trois vilaines carpes, comme des sirènes,
Jouant de la harpe, l’attirent sans peine,
Y’a quelqu'un au bord…Amélie se noie…
Amélie s’endort, encore une fois…

Amélie émerge, on lui tend la main,
Quelqu'un sur la berge lui montre un chemin…
Amélie respire et regarde autour…
Les carpes soupirent, puis vont faire un tour. (bis)


Ecoute de la chanson

Le jardinier

J’arrosais la mandragor’
Et j’ me sentais le plus fort
Je me trouvais le plus beau
Fort de mon côté cabot

J’avais rien à redouter
Jamais je n’aurais douté
J’étais convaincu certain,
D’avoir en main mon destin

J’parlais com’ un prophète
Ma vie serait une fête
Dont vous seriez les forains
Vraiment je doutais de rien

J’arrosais la Mandragor’
Et tout poussait sans effort
Et puis tout se fit sombre
Mon corps fit comme une ombre

Sur une fleur qui en mourût
Ramper je l’ aurais pas cru
Par terre on m’a ramassé
De ma vie j’en eu assez

J’appris que pour faire grandir
Les fleurs et les embellir
Ben…en plus de les semer
Fallait aussi les aimer

J’arrosais la mandragor’
Et j’ me sentais le plus fort….

J’arrosais la mandragor’
Et j’ me sentais le plus fort….


Ecoute de la chanson

Le bonhomme en couleur

C’est un petit bonhomme en noir et blanc
Il va, loin des chemins, loin des machins


On le voit parfois, le bonhomme en pleur
Dans les arcs en ciel et les champs de fleurs


Dans les boîtes de crayons à dessein* garder orthographe
On l’aurait mêm’vu et ça se pourrait bien


Se jeter dans le bleu de nos yeux
On l’aurait mêm’vu et ça m’étonne pas

Se mettre à l’eau un jour qu’elle était bleue
Pour ces îles d’où on ne revient pas

Passez le bonjour à Paul, à Emile ou Victor
Aux marquises, aux marquis, qui sais-je encor’

Loin des chemins, loin des machines
Les petits bonshommes ont meilleure mine

Loin des machins, loin des chemines
Les petits bonshommes ont meilleure mine


Ecoute de la chanson

L'âme soeur

Une jeune femme au bras d'un faiseur de rêves
Robe légère que les vents soulèvent
Un faiseur de troubles, presqu'un voleur
Venait de lui chiper son corps et son coeur

Elle était
très jolie
Il l'a prise
pour chez lui
Ses amis
très surpris
S'demandaient
indécis
Si c'était
pour la vie

Ils voulaient
eux aussi
Pour chez eux
une amie
Pour êt'deux
une amie
Près du feu
pour la vie

Alors dans les parcs et les jardins publics
Où les statues prennent des poses érotiques
On peut en voir un, parfois l'autre, guetter
Mal caché derrière de maigres bosquets

Les jeunes filles
très jolies
Dans les jar-
dins fleuris
Un copain
indécis
S'demandait
accroupi
S'il fallait
oser si
Une allait
dire oui
J'veux bien mais
à minuit
Tu m'libères
ou tant pis
Tu me gardes
pour la vie !

C'est ainsi que vont les choses, on s'unit
Souvent pour mettre un terme à son ennui
Mais si on pourchasse l'âme soeur sans nulle trève
La seule, l'unique, celle de ses rêves
Elle vous arrive un jour comm'dans un rêve
Elle vous arrive un jour comm'dans un rêve


Ecoute de la chanson

Le bonhomme de nuit

Il faisait si noir ce jour là
On s’ennuyait la l’ère lala
On a roulé un peu d’ennui
Pour en faire un bonhomme de nuit

Pour que le bonhomme soit beau
On a mis sur sa tête un chapeau
Et surtout pour qu’il « a » pas froid
L’un ou l’une d’entre nous je crois

Fit don de son écharpe en laine
Et de bon cœur ou à grand peine
D’autre apportèrent des bougeoirs
Des tas de trucs contre le noir

Des lanternes, des feux de la st Jean
Il fallait voir tous ces gens
Se coltiner la lumière
Et puis chanter, dire des prières

Pour que le bonhomme de nuit
Ne succombe pas aujourd’hui
-« laissez-moi un peu dans le sombre
Eteignez, faîtes-moi de l’ombre…

…Noctambule je vins au monde
Somnambule, j’entre dans la ronde
De ces braves gens affairés
De ces braves gens éclairés ! »

Alors nous, tout autour de lui
Dansant en costume de nuit,
Soufflâmes toutes les bougies
Lala lala l’ère ici gît

L’ombre du bonhomme de nuit
Lui, le bonhomme où s’est-il enfui ?
Quelque part il y a bien longtemps
Un beau jour une nuit pourtant…

Pour que le bonhomme soit beau
On a mis sur sa tête un chapeau
Et surtout pour qu’il « a » pas froid
L’un où l’une d’entre nous je crois…


Ecoute de la chanson

La toussaint

C’est la toussaint, bien sûr il pleut
Par tous les sains, sauve qui peut
C’est le rendez-vous des parapluies
Et de tous les coins de Paris

On s’ presse le chrysanthème à la main
Au cim’tière fleurir qui, un voisin
Qui un parent, qui un ami
Un chien, un chat, un canari.

Moi qui n’ai pas l’moindre défunt
A pantin, à thiais, ni au Kremlin-
Bicêtre, je ne suis pas de la fête
Quand chacun honore un squelette.

J’avoue qu’ça m’attriste un peu
Pire, j’en ai les larmes aux yeux
De me savoir vivant encore
Alors que tant de gens sont morts !

Que parmi eux je n’ai personne
Ne nécessitant, ça vous étonne ?
Un déplacement impérieux
Vers le fin fond de la banlieue.

Si quelque regret posthume
M’échappait, que quelqu’un, quelqu’une,
Se languissait de ma visite,
Que je m’attarde sur son site,

L’air affligé d’un gros chagrin
Parmi les parents et les cousins
Mon ami(e) je te fête ici
Bien plus souvent qu’il n’est permis

Ici, il n’est rien d’occulte
Car personne ne voue au culte
Des morts, ni Paul ni Jacques ni Pierre,
Aucune intention de prière.

Croyez-moi, je vous en conjure,
Quand j’affirme, quand je jure,
Bien que n’étant pas des saints
Que tous les jours on fête la toussaint !

Quand sonne l’heure de l’apéritif
Dans un larmoiement excessif
De pastis, chez les copains-copines
Il n’y a pas de triste mine !

A vrai dire j’en vois déjà,
Faute à l’anis ou au jaja,
Dont le regard monte aux cieux
Illuminé et radieux…

Mais pour tous ceux qui confondent
Les morts et les saints en c’ bas-monde
Je fais quand même cette mise au point,
Que ce n’est pas à la toussaint :

Que l’on fête nos chers disparus !
Les fébriles qui cour’nt dans les rues
Un p’tit pot d’fleurs à la main
Feraient mieux d’attendre le lendemain !

De rester au chaud dans leur chambre
Car c’est au second jour de novembre
Qu’on se rend dans les alignements
Fleurir son petit monument !

C’est le deux novembre le jour des morts
Qu’on nourrit les regrets, les remords !
Mais nous les « Ah c’ qu’ on s’emmerde ici »
Mais nous les « Ah c’ qu’ on s’emmerde ici »

Nous rebutent, nous attrist’nt, nous ennuient
Car on fréquente plutôt la vie
Nous rebutent, nous attrist’nt, nous ennuient
Car on fréquente plutôt la vie !


Ecoute de la chanson

La reine blanche et le fou

Une belle dame blanche
Me guette, me traque, c'est étrange,
Pourquoi est ce à moi qu'elle s'en prend
Et avec tant d'acharnement?

Moi je suis fou et je suis noir,
Et mon dieu je n'ai plus d'espoir,
Où m'enfuir, où donc me cacher?
Comment faire pour me protéger?

Elle finira bien par venir
Me débusquer, je vais périr
Elle est terrible, elle m'entraîne
Dans des chausse-trappes sirènéennes,

Sur des cases diaboliques
Lutte inégale et pathétique
Entre la chasse et la fuite
Je veux en finir et tout de suite.

Voilà maintenant qu'elle m'a coincé
Elle reste sur place sans bouger
Elle jouit de ma terreur
Je suis pétrifié par l'horreur

D'être dévoré, digéré
Et puis enfin, d'être expulsé.
Je perds conscience, je m'évanouis
Tout s'est arrêté, il fait nuit;

Un souffle tiède, une chaleur
Me réveille lentement, en douceur,
I1 fait jour, et c'est dimanche
Elle se lève, que sa peau est blanche!

C'est un drôle d'amour qu'elle me voue
En diagonale je l'aime comme un fou,
Mais elle me dame toujours le pion
Un jeu d'échec ou de passion?

Sortant l'échiquier elle me propose
Une rencontre que je n'ose
Refuser ,elle me laisse les blancs
La partie commence tendrement...

Une grande dame noire
Me guette, me traque, quelle histoire,
Et moi je suis le fou et je suis blanc
Tout nous oppose décidément!

La règle en fer

C’était le temps des tableaux noirs
Des règles en bois, des règles en fer
Mon soixante-huit, un fol espoir
Et ma victoire et mon enfer…

Le p’tit chemin, son mur en pierre
Et mon amour que je croisais
Tous les jours tout près du cimetière
J’aurais voulu, mais je n’osais pas…

Lâcher mes larmes, qu’aurait-on dit,
Un gars qui pleure pour un amour
Près d’un cim’tière, qu’aurait-on dit ?
Je m’suis fait taire pour toujours.

Et mon amour qui m’oubliait,
A cause du grand déménag’ment
A cause des grands qui oubliaient
Qu’on peut aimer même à dix ans…

On a grandi com’ci-com’ça
A l’école rien que pour les filles
A l’école rien que pour les gars
Je la r’gardais derrière les grilles…

Et les agathes roulaient, roulaient
S’entrechoquaient jusqu’au calot,
Et les agathes roulaient, roulaient…
Et brûlaient mes yeux de ballot.

C’était le temps des tableaux noirs
Des règles en bois, des règles en fer
Mon soixante-huit, un fol espoir
Et ma victoire et mon enfer…


Ecoute de la chanson

La nuit

La nuit tout nous paraît moins moche
La nuit tout nous paraît plus proche
Si tu tends la main pour des prunes
Tu tends un bras, tu ramènes la lune.


Même quand tu retournes tes poches
Et même quand t’as les pétoches
Si tu n’as rien d’autre comme fortune
Q’un vieux sac et quelques brunes


Que t’aies fait bonne ou mauvaise pioche
L’ombre et la bougie te font leur cinoche
Une féerie pour pas même une thune
Alors tends le bras et ramènes la lune

La nuit, tout nous paraît si proche
Rat d’hôtel ou à la cloche,
Un vieux copain sans rage aucune,
Tends ses deux bras vers la lune…

La nuit je te sens plus proche,
Auprès de toi tout me paraît moins moche,
Tu as dans les yeux des perles de lune,
Ton regard, c’est ma fortune…


Ecoute de la chanson

Les poètes, le vin et la mort

Tout recouvert de boue et d’opprobre
Je comparus, un jour que j’étais sobre
Devant la cour céleste, justice soit faite…
Sur le billot je dus poser ma tête
Et privé de son chef, mon pauvre corps
S’est recroquevillé comme un oiseau mort.
Si les croix, les haches se couvrent de rouille
Les poètes se trouvent toujours une dépouille…
Alors que les dieux tombent dans le commun,
Eux, ils reviennent vous prendre par la main.

Que Dionysos, dieu de toutes les ivresses,
Jamais ne me prive de sa caresse…
Il est des lieux où, le cœur tout bombé
On ressent bien qu’un poète y’est tombé…
Fragrances de tragédies anciennes,
Plus enivrantes que tous les vins de Sienne.
Si c’est ici que le drame s’est joué,
C’est ici que la mort fut bafouée ;
Ne dit-on pas en parlant des poètes
Qu’ils sont toujours un peu des prophètes ?

Il n’est rien de passé dont je ne me souviens
Il n’est rien du futur qui ne me vient
D’autre manière que par le vin et les mots,
Dîtes, est-ce le plus cruel de tous les maux ?
Je ne comprends rien à tout ce que j’écris…
Ne sont-ce d’un défunt l’agonie, les cris ?
En quête d’une enveloppe charnelle
Souffre-t-il cette vie spirituelle
Que je lui prête parfois lorsque je dors ?
Où serait-ce moi qui visite les morts ?

La journée de la femme

C'est un jour béni, consacré
Depuis qu'un'espèce de sacrée
Nigaude, parlementaire,
Quoique je ne puisse le taire,
Mue par une louable intention
Une délicate attention

Décréta qu'une fois par an
A la douc'moitié de nos parents
Une journée serait donnée
Mesdames peut-on lui pardonner
La triste engeance de ce projet
Haro ! unanime rejet

En tous cas je m'inscris en faux
Qu'on me les coupe s'il le faut
J'n'aurai pas cet'condescendance
J'n'aurai pas cet'outrecuidance
Rien qu'une fois en cours d'année
Ou alors que je sois damné

De vous retenir la moindre porte
Je vous sais mesdames assez fortes
Et bien que faisant nos régals
J'affirme que vous êt'nos égales
Je l'affirme et le maintiens
Trois cent soixante cinq jours chrétiens

Mais surtout n'vous y trompez pas
Je ne me fais pas un trépas
De nos viriles attributions
Et si par malheur nous fussions
Un jour prédestinés, promis
Et tout petits déjà soumis

A un tendre matriarcat
Si un beau jour c'était le cas
Qu'on inverse les rôles en somme
Qu'on instaure la journée de l'homme
Et j'vous assure que le lendemain
J'prendrais mon courage à deux mains

Pour faire un'p'tite chansonnette
Car je suis, c'est une chance, honnête
Faut de la considération
Pour les autres, qu'ils aient leur ration
de bien-être et de bonheur
Je le dis en tout bien tout honneur

La journée de la femme m'assomme
Autant qu'une journée de l'homme
Et le soir quand je me couche
Je sais que des femmes accouchent
Je chéris leurs grâces maternelles
La femme, la femme est éternelle !


Ecoute de la chanson

La fête de la musique

C’est la fête de la musique
Faîtes de la musique !
Puisque le ministre est d’accord
Pour que de l’aube à l’aurore
Au premier jour de l’été
Le bon peuple puisse chanter !

Mais quelque part on joue faux
Car il tombe beaucoup d’eau !

C’est la fête de la musique
Faîtes de la musique !
Puisque le ministre est d’accord
Que je connais deux trois accords
Je peux gratter ma guitare
Au balcon grand tintamarre

Qui donc fait des fausses notes
Pour qu’il tombe autant de flotte !

C’est la fête de la musique
Faîtes de la musique !
Grincez binious et crécelles
On fait dans le culturel
C’est un peu démagogique
Mais c’est tell’ ment médiatique

Qui trouble cette harmonie
Pour qu’il tombe tant de pluie !

C’est la fête de la musique
Faîtes de la musique !
Cognez sur vos cass’ roles
Que tout le monde danse et rigole
Mais dans ce concert bien orchestré
Citoyens, administrés

Quelque chose se désaccorde
Car il pleut des seaux, des cordes !

C’est la fête de la musique
Faîtes de la musique !
Puis le maître lève sa baguette
Plus de musique tout s’arrête
Dans ce concert bien réglé
Teinte encore un’ cloche fêlée

Quelqu'un ne joue pas en mesure !
On va encore dire qu’c’est moi bien sûr !